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IL ETAIT UNE FOIS 1720

Publié par Festival Historique

1720UNE PAGE D’HISTOIRE

 

 Marseille   

En 1720, la ville de Marseille comptait 75 000 habitants. La ville s'était récemment agrandie et un nouveau rempart avait été construit à l'époque du roi Louis XIV. Son vieux quartier au nord de la ville était pauvre et les habitants y vivaient nombreux et entassés. Les riches étaient plutôt installés dans les quartiers sud.

Au début du XVIII° siècle, Marseille possédait un système performant en matière de lutte et de défense contre la peste. Ce système était basé sur 3 éléments.

L'intendance de la santé : une administration chargée de garantir que les bateaux qui entraient dans la ville étaient sains.

Les patentes : des documents signés par le consul du port d'où le bateau partait et qui indiquait si la ville ou le bateau étaient sains ou non. Si le consul signait une patente brute cela voulait dire que la peste était présente dans la ville ou sur le bateau. Si la patente était soupçonnée cela voulait dire alors que la peste n'était pas loin de la ville ou que l'équipage avait subi des morts suspectes. Si la patente était nette, cela voulait dire que la peste n'était pas présente ni sur le bateau, ni dans le port. Si un capitaine oubliait ou falsifiait une patente,  il était condamné à mort.

La quarantaine : un système de sécurité pour les bateaux arrivant du Levant. Aucune marchandise ne pouvait être déchargée et l'équipage ne pouvait pas quitter le bateau. Si un bateau arrivait avec une patente brute du Levant, il était emmené le plus loin possible de Marseille, en quarantaine sur l'île de Jarre. C'est ce qui aurait dû arriver au Grand Saint Antoine.

Le Grand-Saint-Antoine  Aquarelle JM Gassein

Le Grand-Saint-Antoine est parti de Marseille le 22 Juillet 1719 commandé par le capitaine Chataud. Il va aux Echelles du Levant (les côtes actuelles de la Turquie, la Syrie et du Liban) acheter des soieries et des cotonnades qui seront vendues à la grande foire de Beaucaire en juillet 1720. La cargaison est évaluée à cent mille écus, une somme énorme.

La cargaison appartenait à plusieurs personnes. La plus grande partie de la marchandise appartenait à Jean-Baptiste Estelle, le maire de la ville (à l'époque on l'appelait l'échevin). Le reste appartenait au capitaine Chataud et à quelques commerçants marseillais.

A la fin de l'hiver, en février 1720, une fois la plupart des marchandises achetées à Seyde au Liban, le Grand-Saint-Antoine repart en passant par Tyr et Tripoli pour charger encore quelques marchandises et des passagers. Lorsqu'ils quittent Tripoli, ils essuient une forte tempête qui casse les mâts et les bômes du bateau. Ils reviennent à Tripoli pour réparer le bateau. Le capitaine Chataud achète alors les voiles d'un bateau anglais dont l'équipage aurait été décimé par la peste. Ils embarquent également huit turcs. 

Durant le trajet du retour, il y a plusieurs morts à bord. Le 17 mai 1720, le bateau, après avoir secrètement mouillé au Brusc (à côté de Toulon) du 4 au 11 mai, repart pour une dernière escale à Livourne en Italie où malgré les morts et la suspicion de maladie grave, le capitaine Chataud obtient une patente nette. 

Quand le Grand-Saint-Antoine arrive à Marseille le 25 Mai 1720, il y a eu 9 morts à bord. Deux jours après l'arrivée du bateau un matelot meurt à nouveau. Dans un premier temps, le bureau de santé décide d'envoyer le bateau en quarantaine à l'île de Jarre. Mais quelques jours plus tard, il change d'avis. Il décide d'autoriser le mouillage du Grand-Saint-Antoine à l'île de Pomègues, dans l'archipel du Frioul et le déchargement des marchandises aux infirmeries d'Arenc. Cette décision est très inhabituelle. Les 13 et 25 juin, deux nouveaux membres de l'équipage en quarantaine meurent. En même temps, plusieurs ouvriers qui ont déchargé la cargaison du Grand-Saint-Antoine meurent également.

Le bureau de santé s'inquiète sérieusement et prend des mesures : transférer le bateau à l'Ile de la Jarre, brûler les vêtements des morts et les enterrer dans de la chaux vive. Mais ces mesures arrivent trop tard car des tissus sortis en fraude des infirmeries, des effets personnels des matelots donnés à leurs épouses ont déjà transmis la peste dans la ville. Ces morts surviennent en particulier dans les quartiers pauvres de la ville. Les premiers jours, les autorités refusent de reconnaître qu'il s'agit de la peste. Le 9 juillet, le docteur Peyssonnel reconnaît avec certitude les symptômes de la peste et avertit les autorités. Ces dernières reconnaissent officiellement la présence de la peste à Marseille. Près de 40 000 victimes succombent sur les 75 000 habitants.

La peste se répand peu à peu dans toute la Provence. Plus de 100.000 morts.

Le bateau et les marchandises sont finalement incendiés en septembre 1720.

L'épave du Grand-Saint-Antoine a été retrouvée en 1978 et son ancre en 1982 au nord de l'île de Jarre. L'ancre du Grand Saint Antoine est exposée au Musée d'Histoire de Marseille. L’inventeur, Michel Goury a écrit un magnifique ouvrage « Un homme, un navire » - Edition J Lafitte

 

Porte réale - porte de Marseille en 1720 - Haut rue des poilus)

La Ciotat est épargnée

Grâce à leur courage et à leur ingéniosité, les 9 000 habitants ont su se protéger de la peste.              Sur terre, les portes de la ville sont murées et des barrières dressées. Les médecins et intendants distribuent des billets de santé aux habitants. 
Dans le port, les Capitaines et propriétaires de vaisseaux et barques jurent sur «la palette de prestation de serment» qu’aucun malade n’est à bord. 

A la demande de l’évêque de Marseille Monseigneur Belsunce, Le Pape envoie à l’automne 1720 des bateaux chargés de blé pour sauver de la famine les provençaux rescapés.

La Ciotat accueille avec les honneurs le seigneur « Abbé de Saint Victor » venu se mettre à l’abri  du fléau.

L’année 1720 restera pour l’éternité gravée dans la mémoire des ciotadens qui, aujourd’hui encore célèbre leur protecteur « Saint Roch » tous les ans le 16 août – fête de la ville.

Le port de La Ciotat devient entrepôt de commerce.

La Ciotat affronte les dangers – sur terre et sur mer

Porte réale - Les troupes qui forment les garnisons de Marseille sont annoncées, nul ne peut leur refuser l’entrée. Les femmes montent sur les murailles, forment des barrières en dedans et en dehors des murs et repoussent les soldats…qu’elles accueilleront en quarantaine dans une bastide aux abords de la ville. La Ciotat est épargnée par la peste !

Dans le port - entrepôt de commerce. C’est là qu’arrivent les denrées pour Marseille et toutes les villes voisines, La Ciotat ravitaille en blé la Provence. Les pirates en bandits des mers attaquent le port. Femmes, hommes et enfants défendent leur cité.